FAQ

Quelles sont les conséquences de la maltraitance ?

La sidération

« Pourquoi ne s’est-elle pas débattue ? », « A sa place, j’aurais crié à l’aide » Voici le type de paroles qu’il est coutumier d’entendre sur la non réaction des victimes face à un événement traumatique.

Et pourtant le phénomène à l’origine de ce comportement est décrit par de nombreux spécialistes du traumatisme : il s’agit de la sidération psychique. Un traumatisme psychique est un événement qui, de par sa brutalité, son caractère impensable et sa soudaineté, entraîne un débordement émotionnel tel qu’il va mettre en échec les mécanismes de défense habituels.

L’évènement traumatique qui va menacer « l’intégrité physique (confrontation à sa propre mort ou à la mort d’autrui) ou l’intégrité psychique (situations terrorisantes par leur anormalité, leur caractère dégradant, inhumain, incompréhensible etc.) » (Dr. Muriel Salmona) va être à l’origine de cet état de sidération psychique.

La sidération peut être considérée comme un état de stupeur émotive dans lequel le sujet est figé, le rendant ainsi totalement incapable de réagir et de s’opposer, que ce soit physiquement ou émotionnellement. En effet, l’extrême violence et le « non-sens » de la situation vont provoquer une surcharge émotionnelle telle, qu’elle va déborder l’espace psychique du sujet et bloquer les représentations mentales pour se protéger de la souffrance et du non-sens de l’événement.

« La vie psychique s’arrête, le discours intérieur qui analyse en permanence tout ce qu’une personne est en train de vivre est interrompu, il n’y a plus d’accès à la parole et la pensée, c’est le vide…Il n’y a plus qu’un état de stress extrême qui ne pourra pas être calmé, ni modulé par des représentations mentales qui sont en panne. » (Dr Muriel Salmona)

Le fait de n’avoir pu réagir, le sentiment d’avoir été spectateur de la scène va faire émerger un sentiment de culpabilité et de doute qui vont empêcher le sujet de revendiquer ses droits et surtout, d’être reconnu en tant que victime alors même que cet état de sidération psychique est une conséquence normale face à une situation anormale [1].

[1] Tiré du site www.memoiretraumatique.org du Dr Muriel Salmona

La sidération psychique en image 

La sidération est une des conséquences de la maltraitance mais cet événement traumatisant peut avoir d’autres répercussions sur le comportement d’une personne victime.

Un changement dans les rapports / comportement de l’individu

La maltraitance peut avoir d’autres conséquences tant pour l’individu lui-même que dans sa relation aux autres ou à son environnement.

Le rapport de l’individu à soi-même

  • Trouble de la concentration : “J’ai du mal à maintenir mon attention”.
  • Troubles du sommeil : Insomnies, difficultés d’endormissement, grande fatigue, somnolence.
  • Troubles somatiques : Infections, trouble du transit, douleurs chroniques (fibromyalgie), mal de dos chronique.
  • Reviviscences : “Il m’arrive régulièrement d’avoir des flash-back, ou de revivre l’événement traumatique”, “J’ai des pensées envahissantes, angoissantes que je ne m’explique pas.”
  • Sensation de mort imminente : “Il m’arrive souvent d’avoir l’impression que je vais mourir.”
  • Trouble anxieux : Angoisse, phobies, attaque de panique : “J’ai vécu ou je vis des épisodes d’angoisse sans raison apparente”.
  • Dissociation : »À certains moments je suis coupé de mes émotions”, “Je me sens parfois extérieur à mon corps”, “Je ne ressens jamais aucune émotion, ni positive, ni négative”, “On me renvoie souvent l’image de quelqu’un qui est ailleurs ou déconnecté ».
  • Troubles de la mémoire : “J’ai des amnésies, des trous noirs”, “Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé après avoir commencé à recevoir des coups”.
  • Image de soi détériorée : “Je me sens nul”, “J’ai souvent honte de moi”
  • Troubles des conduites : Mise en danger, comportement à risque (exemples : drogue, alcool, sexualité), trouble de l’alimentation, automutilation.
  • Troubles dépressifs : Idées suicidaires, “Il m’arrive de penser à la mort comme seule solution pour arrêter de souffrir”, grande tristesse, perte d’intérêt, pessimisme.
  • Mouvements agressifs : “J’ai tendance à être souvent en colère et avoir des comportements violents envers moi-même ou les autres.”
  • Difficulté à gérer son quotidien : “Je n’arrive pas à prendre soin de moi (hygiène, santé, esthétique), difficulté à assumer les charges (travail, dépenses, éducation)”.
  • Niveau d’exigence démesuré : “J’ai tendance à me fixer des objectifs irréalisables”.
  • Sentiment de culpabilité : Impression d’être en partie responsable de ce qui a pu leur arriver, de l’avoir provoqué. “Je me sens coupable de tout, tout en sachant raisonnablement que cela n’est pas de ma faute”.

Le rapport de l’individu à l’autre et à son environnement

  • Hyper vigilance et sentiment de danger permanent : “Je suis à l’affût de tout ce qu’il se passe autour de moi”, “J’ai tendance à anticiper”.
  • Stratégie d’évitement dans la relation : “Je ne supporte pas les contacts physiques”, “Je me sens mal à l’aise dans la relation”, “Je fui les situations sociales”
  • Sentiment d’être différent : “J’ai l’impression d’être hors normes quand je me compare aux autres.”
  • Solitude : Isolement, perte ou absence d’intérêt pour les relations sociales, arrêt des activités jusque-là investies, repli sur soi “J’ai l’impression que de rester seul me permet de diminuer ma souffrance”
  • Confiance en l’autre : “Il m’est difficile de faire confiance”, “J’ai souvent ou toujours l’impression que l’autre se sert ou se moque de moi”, “Il m’est impossible ou très difficile de m’engager dans une relation amicale ou sentimentale”, “Je n’ai jamais pu lier de réelle relation dans le passé”.
  • Sentiment de rejet : “ Je me sens constamment à l’écart ou rejeté lorsque je suis en groupe”, “J’ai toujours peur d’être exclu ou de ne pas être aimé”, “Je me sens souvent nul et inutile pour les autres”, “J’ai tendance à avoir un comportement adapté uniquement aux attentes des autres”.
  • Sentiment d’injustice : “Je perçois beaucoup d’injustice dans le monde et cela entraîne beaucoup de colère vis-à-vis des autres”.
  • Besoin de réparation
  • Réaction au stress : “Lors de situations stressantes, je suis comme paralysé, je n’arrive plus à réagir, cela me dépasse”, “Il m’arrive de me sentir spectateur des situations”.